Delgrès de l’histoire à la musique : (Mwen Pwéféré) Mo Jodi !

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Le mois passé, j’ai découvert sur les réseaux sociaux : Delgrès. Pas Louis, non, lui je l’avais découvert lors d’une visite du fort du même nom. Le mois passé, c’est Delgrès le trio musical  que j’ai découvert. Il rend hommage à Louis et propose un excellent album de quelque chose qui s’apparente à du blues rock louisianais aux influences caribéennes. Honnêtement, je suis tombée fan, c’est la raison de ce billet de blog! Aujourd’hui, je vous résume le parcours d’une figure emblématique du tragique combat contre le rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe : Louis Delgrès. Puis j’en profiterai pour vous faire découvrir Delgrès le trio musical.

Parmi les figures majeures de l’histoire guadeloupéenne, Louis Delgrès tient une place de choix : il est le héros de couleur révolutionnaire de mai 1802 en Guadeloupe. « Que vive la liberté », « Vivre libre ou mourir »!… Il mourra.

La jeunesse mal connue de Delgrès

De sa vie avant la Révolution, nous ne savons pas grand-chose. Delgrès est vraisemblablement né à Saint-Pierre de la Martinique en 1766. Dans son ouvrage, André Nègre suppose que Louis est le fils naturel de la « mulâtresse » Élizabeth Morin dite Guiby et de Louis Delgrès, receveur du roi et directeur des domaines du roi à Tobago. Louis, le fils métissé, entra officiellement dans la milice en 1783, il avait alors 17 ans. Ce fut le début de sa carrière militaire ; mais c’est quelques années plus tard, pendant la période révolutionnaire, qu’il se distingua.

Le parcours militaire de Delgrès dans la Caraïbe

Au cours de la période révolutionnaire, Louis Delgrès eut plusieurs fois l’occasion de prendre part aux combats qui opposaient la France et l’Angleterre dans la Caraïbe. Il gravit progressivement les échelons du corps militaire. Sergent en 1791, on le retrouve lieutenant en 1794, capitaine en 1795.
En 1794, il fut fait prisonnier à la Martinique par les Anglais, déporté puis rapatrié vers le royaume de France. En 1795, il vint en Guadeloupe et fut envoyé à la tête de 100 hommes pour participer à la reconquête de Sainte-Lucie. En 1796, c’est à la tentative de reconquête de Saint-Vincent qu’il participa. Il fut à nouveau emprisonné en Angleterre avant d’être libéré en 1797. En 1799, il était de retour en Guadeloupe, gradé comme chef de bataillon.

 

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Mémorial au Fort Saint-Charles rebaptisé Fort Delgrès en 1989, Basse-Terre, Guadeloupe.

Mai 1802 : « Vivre libre ou mourir »

Si Delgrès est si connu des Guadeloupéens, c’est avant tout pour sa défense des idéaux de liberté et d’égalité qui le poussa à se retourner contre la France. Je vous passe les détails du déroulement de l’évènement qui est relaté dans plusieurs ouvrages. Disons, pour résumer qu’en 1802, Napoléon Bonaparte remet en cause le principe d’égalité et de liberté pour tous. Le général Richepance est ainsi envoyé avec ses troupes en Guadeloupe où il débarque le 6 mai prétendument pour installer les autorités légales de la République, remplacer le Conseil provisoire et son général Pélage (homme de couleur) qui assurait l’administration de l’île à l’issue des troubles révolutionnaires. Mais les actions de Richepance sur place (évacuation, désarmement et mise en cale temporaire des troupes de couleur de Pélage) laissèrent vite planer le doute sur ses motivations réelles.

Louis Delgrès et Joseph Ignace, à juste titre méfiants, entrèrent en résistance quand ils comprirent que la liberté était en jeu. Des combats eurent lieu en différents points de l’île. À Basse-Terre, Richepance commença le siège du fort Saint-Charles où Delgrès resta retranché avec 1000 hommes jusqu’à être acculés et à court de munitions. Ignace marcha sur Pointe-à-Pitre, mais lui et 675 hommes furent tués au morne Baimbridge ; 250 autres insurgés furent faits prisonniers et fusillés. Delgrès évacua de son côté sur les hauteurs de la Basse-Terre, jusqu’à l’habitation d’Anglemont, au Matouba, avec au moins 300 combattants. Se sachant perdu, Delgrès prit la décision de se faire sauter avec des barils de poudre entraînant la mort de l’avant-garde de Richepanse le 28 mai 1802. « Vivre libre ou mourir ». Fidèle à sa parole, Delgrès a préféré mourir ce jour-là.

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Plaque au Fort Delgrès, Basse-Terre, Guadeloupe

Delgrès de la figure historique au trio musical

L’action de Delgrès lui vaut une place particulière dans la mémoire collective guadeloupéenne. Son nom a été donné à des lieux et à des établissements ;  il a été inscrit sur des plaques. On lui a érigé des statues et un mémorial…. Aujourd’hui, le trio Delgrès porte cette mémoire sur le plan musical avec un titre dédié (Mwen Pwéféré) Mo Jodi !

D’ailleurs si vous êtes à la Martinique ce 25 novembre 2018, le groupe se produit dans le cadre du Festival Jazz Martinique. Je vous laisse deviner où je serai dimanche! Et vous,  serez-vous là? Connaissiez-vous ce tragique moment de l’histoire guadeloupéenne?  Connaissez-vous d’autres figures de la Caraïbe qui ont choisi de mourir pour la liberté? Je vous laisse pour finir avec le dernier cri de l’innocence…, texte que Delgrès a fait rédiger par le créole martiniquais Monnerau, son secrétaire, quand il a décidé d’entrer en résistance.

 Le dernier cri de l’innocence et du désespoir

C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée de lever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.

Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèles à la patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l’auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne savons pas l’étendue des pouvoirs, puisqu’il ne s’annonce que comme général d’armée, ne nous a encore fait connaître son arrivée que par une proclamation dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu’il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s’écarter des termes dont il se sert. À ce style, nous avons reconnu l’influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle… Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie.

Quels sont les coups d’autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions à calculer le moment de l’arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d’autorité déjà frappés au Port-de-la -Liberté, le système d’une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.

Osons le dire, les maximes de la tyrannie les plus atroces sont surpassées aujourd’hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes malheureusement trop puissants par leur éloignement de l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage.

Et vous, Premier consul de la république, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut -il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence, mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.

Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, – à moins qu’on veuille vous faire le crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, – vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation. La résistance à l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.

Le Commandement de la Basse-Terre Louis DELGRÈS


Bibliographie

  • Adélaïde-Merlande, Jacques, Delgrès La Guadeloupe en 1802, Paris, Karthala, 1986.
  • Nègre, André, La rébellion de la Guadeloupe, Paris, Editions Caribéennes, 1987.

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