Base de données « Esclavage en Martinique »

tanliswa, visuel de présentation de la base de données esclavage en Martinique

Temps de lecture : environ 5 minutes.
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Les abonnés du blog le savent, je travaille depuis plusieurs mois au sein de l’équipe de Manioc.org, pour faire de la médiation. J’ai notamment écrit plusieurs articles de blog pour mettre en valeur les collections de cette bibliothèque numérique spécialisée sur la Caraïbe, l’Amazonie et le Plateau des Guyanes. Mais cela n’a pas été ma seule mission, loin de là ! La bibliothèque avait aussi un projet ambitieux qui m’a beaucoup tenu à cœur : une base de données « Esclavage en Martinique ». Pendant presque un an, j’ai  accompagné ce passionnant projet. Alors une fois n’est pas coutume, je vous parle des coulisses du métier !

L’origine du projet

Pendant de nombreuses années, M. de Reynal a compilé une quantité incroyable de données qu’il a trouvées dans quelque 3200 actes notariés  ; soucieux de partager son travail, il s’est interrogé sur la meilleure manière de le faire et a pris contact avec Manioc qui hébergeait déjà une base de données « Esclaves et affranchis de Guyane« . Il lui a été proposé de créer une interface web open access pour rendre les données accessibles à un maximum de personnes. C’est ainsi qu’un sous-domaine du site web de Manioc.org a vu le jour : vous pouvez désormais effectuer des recherches dans la base de données « Esclavage en Martinique » indexant plus de 3200 actes notariés du XVIIIe siècle et recensant plus de 14700 personnes au statut d’esclave dans la société coloniale en Martinique.

Comment passe-t-on d’un travail de collecte de données riches et complexes à la réalisation du site web ? Les étapes sont nombreuses et indispensables à un résultat de qualité.

Expertise des archives et des données collectées

Avant de mettre en ligne des données, il faut comprendre d’où elles viennent et comment elles ont été collectées. Il est donc nécessaire de passer par une phase d’expertise où l’on vérifie la fiabilité des sources utilisées et des données collectées.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAL’expertise des sources est vraiment un moment que j’affectionne, car s’il s’agit d’évaluer la fiabilité et la valeur du contenu, c’est aussi l’occasion d’explorer des documents généralement méconnus. C’est le moment où vous découvrez l’histoire d’un fonds documentaire. Et puis, ce n’est pas tous les jours qu’on a devant soi des liasses et des liasses d’anciens papiers que quelqu’un a noircies d’encre il y a plus de 200 ans ! Voir les signatures, croiser des noms familiers, s’immerger dans le quotidien à travers ce qui a été produit dans le cadre des activités des gens à l’époque… Bref c’est le moment où l’on est au contact avec les traces tangibles de l’histoire et où l’on imagine aussitôt tout ce qu’on pourrait en apprendre !

Après le travail sur les sources, il s’agit de s’atteler à la base de données. Les bases de données, ça me connaît ! Non seulement j’en utilise, mais j’en structure aussi. Reste que si l’on n’est pas l’auteur d’une base, il faut un certain temps pour l’explorer, l’appréhender et en comprendre le fonctionnement, surtout quand les données sont nombreuses et complexes ce qui est le cas dans ce projet.  Quelles données ont été collectées ? Qu’est-ce qui a été recopié à l’identique des sources ? Qu’est-ce qui a été noté ou codé par interprétation ? Est-ce que les données sont rigoureusement organisées ? Voilà quelques questions auxquelles il a fallu répondre avant même de réfléchir à la manière dont on mettrait tout cela en ligne.

Réfléchir à l’expérience utilisateur : du tableur à l’interface web

Après le travail d’expertise des sources et de la base vient le moment de réflexion pour rendre les données interrogeables via une interface web. Que ce soit le généalogiste amateur ou le chercheur universitaire, le néophyte ou l’habitué des bases de données, il faut donner la possibilité à chacun de pouvoir s’y retrouver au mieux selon ses pratiques et ce n’est pas toujours facile !

Quelqu’un qui cherche à établir sa généalogie familiale ne va pas avoir les mêmes pratiques qu’un chercheur en sciences sociales qui mènerait une étude statistique touchant à l’esclavage. Or les données collectées par M. de Reynal n’avaient pas été pensées, au départ, pour finir sur une interface web. Quelles possibilités doit alors offrir le moteur de recherche ? Quels critères d’affinage de résultats seront pertinents pour l’un ou pour l’autre ? Comment afficher les résultats pour offrir un maximum d’informations claires et pertinentes au premier coup d’œil ? Répondre à ces questions et bien d’autres permet de structurer les données, d’établir les modalités de recherche à proposer et celle de l’affichage des résultats des requêtes.

Tout un travail est donc mené en parallèle de cette réflexion pour restructurer les données, les coder, créer des tables de concordances entre le contenu et les codes… Bref pour préparer le contenu destiné à toute une diversité d’utilisateurs.  Là, l’accompagnement technique par un professionnel de l’informatique est indispensable !  En la matière, je loue la patience de Laurent, l’ingénieur logiciel, qui a dû (re)tester et (re)programmer, tout un tas d’éléments tant pour la base de données que pour tout l’environnement web qui l’entoure.

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Réfléchir à l’expérience utilisateur : accompagner dans la compréhension

Accéder à une base de données interrogeable en ligne, c’est bien ; mais pouvoir en comprendre la structure et le contenu c’est mieux ! Pour permettre à chacun d’avoir la meilleure expérience utilisateur possible, il était important de réfléchir à tout l’environnement web autour de la base de données à proprement parler. De quelles informations l’usager a-t-il besoin pour utiliser au mieux la base ? De quelles informations a-t-il besoin pour en comprendre le contenu ?

Un important travail collaboratif entre les partenaires du projet a permis de réaliser différents types de textes et de choisir des illustrations pour présenter le projet et les possibilités offertes par la base. Les échanges ont aussi été l’occasion de lister à la fois les éléments techniques pour aider à effectuer des recherches, mais encore les éléments de connaissances historiques pour mieux comprendre les données contenues dans la base. J’ai consacré beaucoup de temps à écrire… lire, relire, réécrire, fait relire, corriger, modifier, rajouter, compléter, réorganiser, corriger encore… la notice informative qui devait à la fois aider à faire une recherche, mais aussi donner des éléments de compréhension sur les données en pensant aux besoins d’un maximum de type d’utilisateurs.

Faire le diagnostic de l’existant pour envisager le futur

Le maximum a été fait en fonction des contraintes temporelles et techniques pour faire de cette base un outil utile et accessible ; néanmoins, il y aura toujours des améliorations possibles. La dernière étape de mon travail dans le projet a donc été de faire un diagnostic de ce qui avait été réalisé :  établir les améliorations possibles, mais aussi penser les prochaines étapes du projet pour lui permettre de grandir encore. D’ici là, je vous invite à aller à la rencontre de notre histoire avec la base de données « Esclavage en Martinique ».

3 réflexions sur “Base de données « Esclavage en Martinique »

  1. Merveilleux travail, que j’admire par la ténacité dont il a fallu faire preuve. C’est un formidable acte en l’honneur de ces hommes et de ces femmes pour assurer la pérennité de leur mémoire. Qu’elle demeure pour l’avenir pour tous leurs descendants encore à venir. Merci de tout cœur….

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