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C’est le temps des Journées européennes du patrimoine*. Celles de la valorisation d’édifices, de sites publics comme privés, parfois de savoir-faire revêtant un intérêt particulier dans l’expression de nos cultures, l’occasion d’entrer, le temps d’un weekend, dans des espaces à moindre coût ou autrement inaccessibles. J’ai trouvé que c’était aussi une bonne occasion de vous parler d’un patrimoine discret, mais accessible gratuitement toute l’année, utile à découvrir et connaître : le volet « patrimoine » de la base de données Esclavage en Martinique.
Présentation générale de la base de données
En juillet 2019, la base de données Esclavage en Martinique a été mise en ligne après des années de collectes de données. Elle indexe plus de 3200 actes notariés du XVIIIᵉ siècle et recense plus de 14 700 personnes au statut d’esclaves mentionnées dans ces actes de la société coloniale martiniquaise.
Pour en savoir plus, voir la présentation de la base de données sur Manioc
La base comprend initialement deux volets :
- celui des « actes notariés » qui recense les 3200 actes avec leur libellé, date, lieu, type d’acte, notaires qui les ont enregistrés.
- celui des « esclaves » qui liste les personnes sous ce statut apparaissant dans les actes. C’est le cœur de la base pour mieux connaître la population servile avec des informations récurrentes comme le sexe, l’âge, les activités, et les relations familiales (certaines parentés, notamment entre les mères et leurs jeunes enfants, étant parfois indiquées)…
La base peut être utilisée aussi bien pour des études qualitatives que quantitatives ; je l’ai par exemple utilisée quantitativement pour étudier la répercussion du colorisme sur les personnes réduites au statut d’esclaves et qualitativement pour raconter l’histoire des personnes de statut esclave à l’hôpital militaire de Fort-de-France

Une nouvelle entrée, le volet « patrimoine »
Cette année marque la mise en ligne d’un troisième volet :
- celui sur le « patrimoine » qui liste les biens possédés ou transmis décrits dans les actes notariés, qu’ils fussent meubles (ceux qu’on peut déplacer, dont les esclaves) ou immeubles (ceux qu’on ne peut pas déplacer). Outre les personnes esclavisées, c’est aussi un moyen de connaître quantité de détails sur les habitations : les fonds de terre et leurs usages, les principales cultures et productions, les bâtiments qui les composent, les biens culturels, la monnaie en circulation, les biens précieux…
Le volet patrimoine témoigne de la production des principales denrées d’exportation comme le sucre, le café, mais également d’éléments plus rares comme le coton ou l’indigo, ainsi que d’une large gamme de productions vivrières et de quelques activités non alimentaires comme les poteries, les fours à chaux, la fourniture de bois de construction ou de chauffage.
Une ressource aux intérêts multiples
Comme je l’indiquais à l’occasion de l’interview consacrée à ma participation à ce projet, j’ai une pensée toute particulière pour les archéologues travaillant dans nos espaces. Les descriptions des bâtiments et d’objets sont riches et pourraient servir de point de comparaison avec du matériel et les structures révélées par les fouilles sur le terrain. J’ai pour cette raison consacré du temps à répertorier ces éléments qui peuvent être documentés dans la base. Le long texte dédié liste les différentes appellations des bâtiments, d’ustensiles, les matériaux, leurs origines, les techniques de construction employées, l’état des biens.
Voir la notice informative sur le patrimoine, et en particulier la partie « bâtiment ».
Évidemment, ce n’est pas le seul intérêt de ce nouveau volet.
Dans la droite ligne du recensement des personnes esclavisées, les éléments touchant à la structure esclavagiste ont aussi fait l’objet d’une mise en lumière par M. de Reynal lors de son dépouillement. On peut ainsi s’intéresser aux cases et jardins des personnes esclavisées, aux éléments de coercition (cachot, carcan, chaîne…), aux « hôpitaux » d’habitation.
Le volet patrimoine peut tout particulièrement servir l’histoire économique, mais aussi l’histoire sociale et contribuer par exemple à l’étude de la circulation des biens en particulier entre les Blancs et les Libres de couleur dans un contexte juridique contraignant ou aider à reconstituer l’histoire d’une habitation spécifique du sud de la Martinique à la fin du XVIIIᵉ siècle.
Bref, ce nouveau volet offre des données supplémentaires issues des actes notariés et devrait contribuer à une meilleure connaissance de la société coloniale martiniquaise. Et vous, l’avez-vous parcouru ? Quelles autres possibilités de recherche intéressantes y voyez-vous ?
Pour explorer la base, vous pouvez :
- Faire une recherche dans la base de données
https://esclavagemartinique.manioc.org/recherche - Accéder à la notice de la base de données
https://esclavagemartinique.manioc.org/notice-informative#TitreB13-patrimoine - Découvrir la base initiale à travers ma participation
https://tanlistwa.com/2019/07/04/base-de-donnees-esclavage-en-martinique/ - Retrouver mon interview dans Manioc à l’occasion de la sortie du troisième volet,
https://manioc.org/blog/lesclavage-en-martinique-entretien-avec-jessica-pierre-louis
ainsi que celle de M. de Reynal qui a collecté et partagé les données.
https://manioc.org/blog/lesclavage-en-martinique-entretien-avec-bertrand-de-reynal
*Thèmes de l’édition 2026 des JEP : « Patrimoine de la photographie » et « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer »