Patrimoine industriel : le bassin de radoub de Fort-de-France

tanlistwa, bassin de radoub, Fort-de-France, Drydock, Martinique

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Chaque année, je guette le programme des Journées européennes du patrimoine (JEP) pour voir si des sites insolites sont exceptionnellement ouverts. À ce jeu, j’ai déjà pu visiter la Société anonyme de la raffinerie des Antilles (SARA), la station d’autocurage des eaux (non fluviales) de Fort-de-France, la station de pompage d’eau de Bouliki, le fort Desaix (moins insolite, mais rarement ouvert)… et, en cette année 2019, j’ai découvert : le bassin de radoub de Fort-de-France ! Aujourd’hui, je vous parle de ce lieu d’accueil essentiel pour la construction, l’entretien et la réparation des navires.

 

Le bassin de radoub de Fort-de-France classé monument historique depuis 2015

Pour des raisons de sécurité, le public des #JEP2019 n’accède pas directement au site, mais il est accueilli par un représentant de la société ENA (gestionnaire actuel du bassin) au 3e étage du parking du port (au terminal interîle). On peut ainsi surplomber le bassin et avoir une belle vue d’ensemble. De nos jours, le bassin de radoub appartient au port maritime ; il est toujours en activité et est exploité par la société ENA jusqu’en 2025. À l’occasion du commentaire, j’ai appris que le site avait été classé Monument historique en 2015. Je n’en savais rien. Je suis donc allée faire quelques recherches pour mieux connaître l’histoire de ce site.

Le dossier pour classement de la Direction des affaires culturelles précise : « Sont inscrits au titre des monuments historiques le bassin de radoub et les canons (la partie en pierre de taille et celle en béton, ainsi que les canons fichés dans le sol autour du bassin, les musoirs), sont exclus les éléments mobiles : bâteau-porte, palans, cabestans, ainsi que la capitainerie. »

Radoub et carénage aux XVIIe et XVIIIe siècles à Fort-Royal (Fort-de-France)

Le bassin de radoub tel qu’on le voit aujourd’hui a été construit au XIXe siècle, mais dès le XVIIe siècle les correspondances administratives font référence aux activités de radoub et de carénage à Fort-Royal, autrement dit à l’entretien et à la réparation des navires en particulier de leur coque.

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Extrait d’un courrier de l’intendant en 1689 demandant du matériel pour le carénage des navires

En 1689, l’intendant de l’île écrit sur le besoin de matériel pour le carénage des vaisseaux du Roi (vue 714). Les administrateurs évoquent aussi les problèmes de comblement du carénage du cul-de-sac de Fort-Royal en 1691 (vue 619) ; la demande de gratification du capitaine de port et le besoin d’un charpentier et d’un calfat en 1693 (vue 775) ou encore les nécessités de dragage du carénage suite au défrichement des mornes environnants qui entraîne des coulées de terre en 1696 (vue 533). Au XVIIIe siècle, un courrier du capitaine de port relate des essais faits en 1714 d’une nouvelle composition pour le carénage des vaisseaux (vue 609) et en janvier 1739 une lettre de l’intendant est toute entière consacrée à la nécessite de construire un quai pour protéger le bassin du carénage du Fort-Royal, d’envoyer une machine pour curer le port très envasé, de construire une jetée pour protéger la savane contre les empiétements de la mer.

Tous ces thèmes sont récurrents dans la correspondance touchant au besoin du port, car la ville de Fort-Royal, capitale administrative, est stratégique sur les plans politiques et militaires et la baie offre de surcroît un abri sûr pour les bateaux en période cyclonique.

Le bassin de Radoub de Fort-de-France aux XIXe et XXe siècles

Le projet du bassin de radoub de Fort-de-France, imaginé de longue date, ne sortit de terre qu’à partir de 1864, année de pose de la première pierre. Quatre plus tard, le 6 mai 1868, eut lieu l’inauguration de ce bassin dit de style Vauban. Le dossier de la DAC (que je vous invite à lire pour plus de détail) précise qu’un mouvement de construction et d’aménagement de bassins similaires eu lieu à la même période et influencèrent probablement sa conception : Toulon en 1854, Lorient en 1854, Cherbourg en 1858 et Rochefort entre 1853 et 1861.

 

Au XXe siècle, lors de la Seconde Guerre mondiale, l’emploi du béton vint s’ajouter à la pierre de Kersanton et à l’andésite ; il  permit d’étendre le bassin, portant sa longueur totale à 180 mètres en 1942, puis à 200 mètres en 1950. Le bassin de radoub de Fort-de-France fait ainsi partie des rares espaces avec une capacité d’accueil de gros navires dans les petites Antilles.

Souvent quand je pense au patrimoine industriel classé de la Martinique, ce sont les infrastructures des anciennes habitations sucrières ou des distilleries qui me viennent à l’esprit : moulin, étuves, purgerie, alambic, cuves d’équipage pour la cuisson des sucres… Le classement du bassin de radoub de Fort-de-France est là pour rappeler que ce patrimoine est plus vaste.  Et vous, saviez-vous que le bassin de radoub de Fort-de-France était classé Monument historique ? Connaissez-vous d’autres sites industriels classés dans la Caraïbe en dehors des habitations et distilleries ? Avez-vous visité des lieux insolites à l’occasion des Journées européennes du patrimoine?


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