1766, une année d’aléas pour la Martinique #1/3 l’incendie de Fort-Royal en mai

tanlistwa, gravure, vue de Fort-Royal, XVIIIe siècle

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Est-ce qu’il y a des périodes de vos vies où vous enchaînez les difficultés ? Vous savez, ces jours où vous vous dites que vous auriez mieux fait de rester au lit ou ces moments qui donnent un sentiment de loi des séries, ce genre de période qui nous fait attendre avec impatience la fin du cycle pour le démarrage d’un autre sous de meilleurs auspices. Si j’avais vécu en 1766 à Fort-Royal (aujourd’hui Fort-de-France) de la Martinique, j’aurais probablement été pressée de voir arriver 1767 : incendie d’une partie de la ville en mai, ouragan en août, raz de marée et séisme en septembre. Une année bien remplie en aléas !  Je vous rapporte ce que nous racontent les archives de ces évènements de 1766, une année noire pour la ville foyalaise et ces habitants, mais aussi pour toute l’île.

Aujourd’hui, pour le premier des trois épisodes, je m’intéresse à l’incendie qui se déclara dans la nuit du 19 au 20 mai dans la ville de Fort-Royal laissant tout un quartier en cendres.

 

L’incendie dans la nuit du 19 au 20 mai à Fort-Royal

Dans la nuit du 19 au 20 mai, sur les coups de minuit le feu se déclare dans la ville de Fort-Royal emportant avec lui en l’espace de quelques heures 54 maisons et un magasin du roi situés près du bord de mer. Le gouverneur D’Ennery et l’intendant Peinier rendent compte de la catastrophe.
« Aussitôt qu’on l’aperçut, M. d’Ennery qui était au Fort Royal se rendit tout de suite sur le lieu de l’incendie avec toutes les troupes, mais la violence du feu et la rapidité avec laquelle les flammes se communiquaient à des maisons qui sont toutes de bois, fit qu’avec tous les risques et la bonne volonté possible, on ne put venir à bout d’en arrêter les progrès, qu’à une rue de traverse en abattant quelques maisons pour empêcher le feu de se communiquer ».

Environ 80 familles ruinées sont à reloger « se trouvant sans meubles ni maison » et l’activité économique est aussi lourdement touchée. « Comme elles étaient situées dans le quartier le plus commode, et le plus commerçant de la ville, parce qu’il est plus à portée de la mer et des quais, la perte indépendamment de celles des maisons est considérable en marchandises, tant d’Europe que du pays, qui ont été brûlées. » L’incendie met aussi un coup d’arrêt au difficile développement urbain de la ville. « Ce malheur est d’autant plus grand pour cette infortunée ville, qu’elle commençait à sortir de la misère, et elle s’était prêtée avec beaucoup de zèle à son embellissement, en construisant les quais et en pavant ses rues. »
Si Fort-Royal était la capitale administrative et militaire de la Martinique, la ville de Saint-Pierre lui était préférée pour les activités de commerce et de négoce ; l’administration coloniale avait ainsi toutes les peines du monde à développer la cité foyalaise alors même que sa baie offrait un bien meilleur abri pour les navires.

Le bilan humain est toutefois léger au regard du drame : « il y a cinq ou six soldats de blessés, mais aucun dangereusement ».

Pour parer au plus pressé, le gouverneur et l’intendant promulguent une ordonnance dès le surlendemain, 21 mai 1766, « prévoyant diverses mesures pour secourir les victimes de l’incendie survenu au Fort-Royal et faciliter la reconstruction du quartier détruit ». Quelles sont ses mesures ?

  • Récupérer le montant prévu par l’imposition de la ville et la répartir pour aider les sinistrés (imposition dont les sinistrés seront exemptés). (article 1 à 3)
  • Fournir un logement gratuit temporaire dans les casernes du roi, de la farine et du bœuf pour subvenir aux besoins de ceux qui ne peuvent se passer de ce secours. (article 4)
  • Organiser une quête dans toutes les paroisses pour lever des fonds (article 5 à 8)
    La quête pour lever eut lieu, mais pas toujours sans mal ; si l’on en croit un courrier du 11 septembre, le Père Faget, préfet apostolique des jacobins, causa des difficultés et il semble avoir utilisé cette occasion pour régler des querelles de pouvoir.
  • Inciter à la reconstruction des bâtiments par exemption de leur imposition entre 1 et 3 ans (article 9)
  • Ordonner le gel des loyers pour un an et faire donner la priorité aux sinistrés pour les locations (article 10 et 11)
  • Inciter à la remise des biens soustraits ou volés pendant l’incendie (article 12)

Devant l’urgence d’intervenir, l’ordonnance fut rendue en l’absence de toute autorisation du ministre des colonies et du roi. Ainsi un courrier du 13 juin 1766 et un autre du 11 septembre, informant des mesures prises, demandaient a posteriori la validation de l’ordonnance rendue quelques semaines plus tôt. Dans le courant de juin, le gouverneur notait dans ces lettres qu’il espérait que l’ordonnance porterait ces effets entre 10 à 18 mois. Mais ça, c’était sans compter sur la suite des évènements, car, comme nous le verrons au prochain épisode, dans la nuit du 13 au 14 août 1766, la Martinique était traversée par un ouragan majeur.

Retrouvez les trois épisodes de la série

 


Archives nationales outre-mer

Iconographie

BNF, « Veue du Fort royal de la Martinique », Éditeur : [s.n.][s.n.], Date d’édition : 17..
« Montage graphique » réalisé avec canva.com

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